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NARCOTIC DAFFODILS – Summer love

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Voici une très bonne nouvelle pour le monde du rock belge : les Narcotic Daffodils reviennent avec un troisième album. A ceux qui avaient un peu oublié les épisodes précédents concernant ce charmant groupe psychédélico-garagiste, rappelons que les Jonquilles Narcotiques avaient réussi brillamment deux premiers albums, « The Narcotic Daffodils«  (2011) et « Cellex«  (2014). La joyeuse bande menée par Simon Rigot (claviers et sitar), Flupke Declerq (basse) – des survivants de la scène synth pop et post punk des années 80 – et Irène Csordas (chant et claviers), Hakim Rahmouni (guitare) et Merlin Fourmois (batterie) – la génération suivante, née dans les années 90 – était parvenue à faire la jonction entre ces deux âges, avec d’une part la culture et l’expérience des anciens et d’autre part la fougue et l’esprit aventureux des modernes.

Les Narcotic Daffodils reviennent donc mais tel le bombardier psychédélique parti en mission lointaine au-dessus des territoires inconnus et pas toujours tranquilles de la vie, le combo rentre à la base avec des pertes à bord et quelques trous dans la carlingue. La première chose que l’on remarque dans la pochette intérieure, c’est l’absence d’Irène Csordas, de Merlin Fourmois et d’Hakim Rahmouni, remplacés par de nouvelles têtes. Eh oui, les fondateurs Simon Rigot et Flupke Declerq ont dû survivre à une scission mais sont retombés sur leurs pattes avec le recrutement d’un nouveau trio de lionceaux prêts à tout pour perpétuer l’esprit musical animé par les Narcotic Daffodils.

On se retrouve ainsi en présence de Maria Van Assche (guitare et chœurs), Arne Schollaert (batterie et percussions) et Luna Doppée (chant et orgue) qui prennent le relève et accompagnent nos deux vieux briscards sur « Summer love », nouvel opus de la formation bruxelloise. Luna Doppée est la fille de Jean-Claude Doppée, DJ déjanté, acteur à ses heures perdues et ombre familière de la FNAC de Bruxelles. Luna n’a pas été choisie pour son prestigieux arbre généalogique mais bien évidemment pour ses talents de chanteuse et d’organiste. On la trouvait déjà participant au morceau « Weathered » du précédent album « Cellex » des Narcotic Daffodils et son recrutement s’est avéré une évidence après le départ d’Irène Csordas.

En parlant d’Irène, je ne vous cache pas que ma principale hantise était de voir comment ce nouvel album allait se comporter sans cette chanteuse qui a eu une profonde influence sur le style des Narcotic Daffodils, tant son génie vocal et son imagination fertile avaient tressé des pans entiers des grandes chansons qui ont forgé les deux premiers albums du groupe. Vous imaginez Led Zeppelin sans Robert Plant, vous? Eh bien, avec les Narcotic Daffodils et Irène Csordas, on n’était pas loin de cette comparaison.

Le groupe a donc rétabli le cap, fait le bilan de la casse, compté les munitions qui lui restaient encore et a continué la bagarre avec l’écriture de nouvelles chansons, dont la plupart avaient été mises au point durant une longue phase de transition, entre arrivées et départs de musiciens intermédiaires, en attendant la stabilisation du line-up. Et ce sont finalement sept nouveaux titres qui sont couchés sur bande en quelques jours, à la fin de 2016. Le groupe a agi seul, produisant lui-même les chansons et trouvant rapidement une osmose entre les membres. Rémy Lebbos des studios Rare Sounds est intervenu sur la mastérisation.

Les craintes légitimes que l’on pouvait avoir suite au départ d’Irène Csordas et de ses compagnons sont finalement atténuées avec un nouveau disque qui tient la route et retrouve l’esprit garage sixties des débuts des Narcotic Daffodils. Faire une comparaison exhaustive de la philosophie des deux premiers albums et de celle du nouveau disque serait relativement vain car les bases de ces œuvres ne sont pas vraiment identiques. Nouvelle équipe, et donc nouvelle interaction entre les membres et nouvel esprit, c’est ainsi qu’on pourrait qualifier le cru 2017 des Narcotic Daffodils. Luna Doppée a son style de chant propre et celui-ci, plus coulant et moins crispé que celui d’Irène Csordas, épouse agréablement les structures des nouvelles chansons. La guitare d’Anne Van Assche est capable de solides solos et ne trahit pas le travail qu’avait fait Hakim Rahmouni sur les précédents albums.

Le combo de Simon Rigot retrouve la niaque des débuts avec quelques bons titres nerveux (l’introductif « Summer love », aux ambiances Kinks confrontés aux Count Five, « Guardians », taraudé entre les Yardbirds et les Troggs, « Hypnotized », sous la coupe des Shadows Of Knight ou de Litter). Ses incursions dans le psychédélisme occasionnent de belles expéditions dans la stratosphère fleurie (« Naturally high », « You can’t get »). L’anglais habituellement de mise dans les textes laisse la place à la langue d’André Malraux sur « Bruxelles », hommage à la capitale scandé sur un rythme vif et ponctué d’annonces de stations de métro. Mais la pièce de résistance tient sans doute dans le titre final « Atomic 53 », longue pérégrination hindouiste voilée dans le sitar de Simon Rigot, caressé par des guitares byrdsiennes, ralenti par une rythmique feutrée et capable de nous emmener jusqu’aux contreforts de l’Himalaya en bicyclette mauve.

L’alliance entre la nervosité garage et la subtilité psychédélique, le dialogue des générations sont à nouveau présents sur ce nouvel album des Narcotic Daffodils. La conviction du groupe dans sa musique est intacte, les formes changent légèrement mais l’essentiel a été préservé. Il n’y a aura plus qu’à vérifier la tenue de ce nouveau line-up sur scène, par exemple au festival Prog Résiste de Soignies le 22 avril prochain, avec Gong également au programme.

Pays: BE
It’s Oh Records
Sortie: 2017/03/11

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