BJORK, Brant & THE LOW DESERT PUNK BAND – Black power flower
Un riff sabbathien démarre les premières secondes de « Black flower power », dernier album en date de Brant Bjork. Puissant, ultra-pesant, iommien… C’est le signe avant-coureur que la dernière livraison de l’ex-batteur de Fu Manchu va plutôt faire dans la bastonnade de décibels et la préparation d’artillerie soviétique. Et ce qui suit confirme l’espoir secret de se prendre en pleine gueule une avalanche de sons massifs à la densité du cupro-nickel sorti du haut-fourneau. Je ne sais pas ce qu’on lui a fait à Brant Bjork, lui d’habitude paisible avec ses Brothers chicanos ou ses albums solos enregistrés sur le hamac. Il a dû se faire griffer sa caisse à coups de taille-haie, se faire voler ses nains de jardin, s’être fait traîner au tribunal de police pour tapage diurne mais en tous cas, il a la haine. Surchauffé, le gars, énervé au possible, le sang bouillant dans ses calmes veines de californien cool.
Pour sa dixième livraison sous son nom propre, Brant Bjork semble bien décidé à faire sonner les trompettes de la renommée en ce qui concerne son implication dans la conquête du monde par le stoner rock. Il faut quand même se souvenir que le bonhomme est membre fondateur de Kyuss (à mon commandement, vénérez!) et qu’il est aussi allé écraser les fûts chez Fu Manchu (un genou à terre, retirez votre chapeau). Il y a ici près d’un quart de siècle au service du gros son lysergique, ce n’est certainement pas à négliger. Certes, depuis ses derniers albums « Tres dias » (2007), « Somera sol » (2007), « Punk rock guilt » (2008) et « Gods and goddesses » (2010), ça déroulait gentiment, en mode fumette vaguement orageuse. Mais ici, avec « Black power flower » , ça fait péter le canon, dérouler l’avalanche, vrombir le turbo, jouir le gorille. Bref, les mecs sont de retour en ville…
Brant Bjork a convoqué pour l’occasion de nouveaux tueurs, des spadassins formés à la rude école du duel de guitares, du riff forgé au laminoir et de la rythmique usinée à l’ancienne. Avec Bubba DuPree (guitare), Torny Tornay (batterie) et Dave Dinsmore (basse), le chant et la rythmique de Brant Bjork prennent des allures d’appel à l’assaut de la forteresse, au déboulonnage de statue ou à l’exécution sommaire des traitres vendus à la solde de la mollesse pseudo-rock ou de l’astronomie de bazar recyclée à l’usage des bobos.
Qu’il s’agisse de mitrailler les façades de ministère à coups d’obusiers antichar (« Controllers destroyed », « We don’t serve their kind », l’immense « Stokely up now ») ou de repartir à la conquête de l’espace en fusée alimentée au propergol distillé à la ganja (« Hustler’s blues », le monstrueux « Where you from, man? »), cet album est tout simplement princier, cosaque dans l’esprit et catcheur dans les manières. C’est simple, il n’y a pas un seul morceau qui laisse retomber la pression. A l’heure où les Queens Of The Stone Age donnent volontiers dans la partie de golf raffinée entre membres du Lion’s Club, Brant Bjork reprend le maquis avec quelques mercenaires et fait à nouveau crépiter les mitrailleuses du combat stoner. Un coup énorme.
Pays: US
Napalm Records
Sortie: 2014/11/10