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PERE UBU – Why I Hate Women

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En 1896, Alfred Jarry a écrit une pièce intitulée « Ubu Roi », où il met en scène tout le grotesque de la nature humaine. Le Père Ubu est une caricature bouffonne et cruelle de la stupidité bourgeoise et de la sauvagerie humaine. Anarchiste, Jarry y dénonce le pouvoir tyrannique. Il invente aussi le terme de pataphysique. C’est pour lui la science qui cherche à théoriser la déconstruction du réel et sa reconstruction dans l’absurde. Il a notamment inspiré les surréalistes et le théâtre contemporain.

Voilà le « background » du groupe Pere Ubu, dont le leader chanteur David Thomas est connu depuis longtemps pour son attitude à tout le moins irrévérencieuse et iconoclaste. Il nous raconte de sa voix bizarre ses tourments, qui concernent ses rapports avec les femmes et l’amour. Il est accompagné par Keith Moliné (guitare, choeurs, basse), Robert Wheeler (synthé, theremin), Michele Temple (basse, chant principal) et Steve Mehlman (batterie, clave, woodblock).

Né pendant la période punk, son royaume est l’absurde et son champ d’application la démesure, faite d’outrances et d’irrespect envers les institutions. Depuis, rien de fondamental n’a changé. Dire que cet album est le fait d’un illuminé est un euphémisme. Le groupe se base sur quelques principes : ne pas rechercher le succès, utiliser la première idée et mettre ensemble des personnes uniques pour obtenir une musique unique. Quel programme !

Les effets électroniques participent à la déstabilisation et l’absence totale de mélodie enfonce le clou un peu plus loin. Manifestement, David Thomas est un curieux personnage. C’est déjà vrai sur « Two Girls (One Bar) ». C’est vrai aussi sur « Babylonian Warehouses », qui se distingue par son rythme à contretemps et un chant aigu volontairement et totalement hors de propos. Les percussions participent aussi à la fête et dérangent au même titre que les élucubrations vocales du personnage. Déconstruction du réel.

Les bruitages les plus divers agrémentent le déroulement de l’album et le rendent difficilement classable. « Blue Velvet » est un morceau lent et disjoncté totalement hors normes. Sur un rythme ultra rapide, « Caroleen » touche complètement à la démence. La rythmique se déchaîne, entraînant une réaction du groupe entier. Le résultat est … magnifique et on touche au génie. C’est sans doute une des meilleures chansons d’amour atypiques de ces dernières années.

C’est pareil sur « Flames Over Nebraska », où la basse donne le ton avec la complicité de bruitages complètement fous. Le chant déjanté parvient encore à surprendre. On est en plein surréalisme, en effet. « Love Song » est pour le moins spécial. Son rythme s’apparente plutôt à une caricature mais on ne s’en étonnera pas : c’est la raison d’être de Pere Ubu. Reconstruction dans l’absurde.

« Mona » est un court morceau rythmé chanté de façon complètement inattendue. « My Boyfriend’s Back » est une très courte pièce déstabilisante au possible par son chant et son rythme à contretemps. « Stolen Cadillac » met en évidence la basse sur un rythme plutôt lent qui déroute et crée la tension avant de sombrer dans un rythme répétitif et lancinant jusqu’à la fin, avec des battements de tambour.

« Synth Farm » frise le génie par le caractère allumé de son leader. On a eu le temps de s’habituer à l’absence de mélodie mais la voix continue de surprendre. On est en pleine démence organisée. « Texas Overture » est assez long et mérite le titre de morceau le plus immédiat au début. C’est compter sans la versatilité de l’auteur principal qui multiplie les fausses pistes comme à plaisir pour déstabiliser l’auditeur. A cette occasion, on prend de plein fouet une leçon de créativité.

Un seul mot : génial !

Pays: US
Glitterhouse Records / Munich GRCD651
Sortie: 2006/09/18

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