La tornade ukrainienne Jinjer déferle sur l’AB
Dimanche 25 janvier 2026. Vers 18h45, la scène s’éclaire tout en bleu devant une salle déjà remplie aux trois quarts pour accueillir le premier groupe de la soirée, les Néerlandais de Textures. Il est d’ailleurs étonnant de retrouver en ouverture de programme ces titans du metal progressif. Formé en 2001, le groupe originaire de Tilburg a créé un répertoire mathcore, mâtiné d’éléments de metalcore, death metal et thrash metal, avec une voix légèrement plus ‘hardcore’ que dans d’autres groupes du même genre.
Outre les deux membres fondateurs que sont Bart Hennephof (guitare et chœurs) et Stef Broks à la batterie, le groupe comprend aussi le bassiste Remko Tielemans, le claviériste Uri Dijk, le chanteur Daniël de Jongh et guitariste Joe Tal. Il aura fallu 10 ans d’attente et de patience pour les fans, depuis la sortie de l’excellent « Phenotype » en 2016, pour que le groupe revienne avec un sixième album « Génotype » pour lui succéder en ce début d’année.
Le groupe livre une prestation puissante et magistrale à la fois, avec au programme les titres suivants: « Closer to The Unknown » (2026), « New Horizons » (2016), « Reaching Home » (extrait de l’album « Dualism » de 2011), « Timeless » (2016), « Measuring the Heavens » (2026), « Awake » (extrait de l’album « Silhouettes » de 2008) et « Laments of an Icarus » (2008).
On peut dire que les Néerlandais ont livré une performance musclée mêlant précision rythmique et passages abrupts dignes de leur héritage. Leur retour – le premier grand périple européen depuis plusieurs années – s’est traduit par une communion évidente avec les aficionados du genre, qui ont accueilli les nouveaux morceaux avec un bel enthousiasme.
C’est ensuite au tour d’Unprocessed de prendre possession de la scène pour continuer à chauffer le public avant la tête d’affiche de la soirée. Et le groupe allemand se jette joyeusement dans la bagarre avec une énergie brute et inventive. Le guitariste-chanteur Manuel Gardner Fernandes et ses copains le guitariste Christoph Schultz, le bassiste David Levy et le batteur Leon Pfeiffer envoient du lourd avec une musique énergique et dense au confluent de genres comme metal progressif, djent et math, créant un univers sonore riche en ruptures de tempo et en textures complexes. Malgré un ennui technique qui a entraîné une pause forcée d’une petite dizaine de minutes au début du troisième morceau, le groupe a proposé une sélection de titres extraits essentiellement de ses deux derniers albums.
Le public de plus en plus nombreux de l’AB a donc eu droit à trois extraits de l’album « Angel » de 2025 avec « 111« , « Sleeping With Ghosts » et « Beyond Heaven’s Gate« . Les Teutons ont embrayé avec deux extraits de l’album « … And Everything In Between » de 2023, « Thrash » et « Glass« , avant de poursuivre avec « Sacrifice Me » (2025), « Snowlover » (2025), « Lore » (2023) , « Solara » (2025) et « Terrestrial » (2025).
Si je trouve leurs compositions en studio très correctes, les Allemands m’ont un peu déçu sur scène à cause d’un son trop massif (lire: agressif) et de basses trop accentuées. Plusieurs morceaux donnaient aussi l’impression que la batterie donnait des salves de mitraillette. Bref, des réglages de son un peu dérangeants. Espérons que nous aurons l’occasion de les revoir dans des circonstances techniques plus propices.
Lorsque les lumières s’éteignent pour laisser la scène au groupe ukrainien Jinjer, l’AB est pleine à craquer. Les fans belges réservent un accueil chaleureux à la formation de groove metal progressif formée en 2009, dans la région de Donetsk. Il ne subsiste plus aucun des membres fondateurs du groupe au sein de l’équipe actuelle composée du bassiste Eugene Abdukhanov, du batteur Vladislav Ulasevish, de la chanteuse Tatiana Shmayluk et du guitariste Roman Ibramkhalilov.
Dès les premiers instants, l’ambiance est chaude bouillante. Très vite, le quatuor démontre ce qui fait sa singularité : une combinaison redoutable de précision instrumentale et d’expressivité viscérale. Les guitares ciselées s’entrelacent à des rythmiques complexes, tandis que la présence scénique du groupe, et surtout de sa vocaliste, capte sans peine l’attention. Au centre de cette mécanique parfaitement huilée, Tatiana Shmayluk, telle une Carmen version metal, impressionne par sa polyvalence vocale, passant sans effort apparent de registres agressifs à des passages plus nuancés, avec une assurance qui force le respect. La musique est puissante et entraînante. Bien vite, le parterre se transforme en mosh pit où les pogos et crowdsurfeurs vont mobiliser l’attention de la sécu sans discontinuer jusqu’à la fin du concert.
Malgré la richesse et la densité des arrangements, le rendu sonore reste parfaitement lisible, permettant d’apprécier aussi bien les subtilités progressives que les déflagrations metal les plus frontales. La setlist fait la part belle à « Duél » (sorti en février 2025), fil conducteur évident de cette tournée, sans pour autant négliger les morceaux plus anciens qui ont contribué à asseoir la notoriété internationale du groupe. Le public bruxellois a eu droit à la setlist suivante: « Duél » (2025), « Green Serpent » (2025), « Fast Draw » (2025), « Vortex » (extrait de l’album « Wallflowers » de 2021), « Disclosure! » (2021), « Tantrum » (2025), « Teacher, Teacher! » (extrait du EP « Micro« sorti en 2019), « Kafka » (2025), « Judgement (& Punishment) » (extrait de l’album « Macro » sorti en 2019), « Hedonist » (2025), « I Speak Astronomy » (extrait de l’album « King Of Everything » de 2016), « Perennial » (2019), « Someone’s Daughter » (2025) et « Rogue » (2025). Visiblement touché par l’accueil réservé par le public bruxellois très en forme, le quatuor revient interpréter en rappel « Pisces » (2016) et « Sit Stay Roll Over« .
Après environ une heure de concert menée sans temps mort, Jinjer quitte la scène sous une salve d’applaudissements nourris. Plus qu’une simple performance, le groupe a livré une démonstration de cohérence et d’engagement, confirmant à Bruxelles sa place parmi les formations les plus marquantes de la scène metal moderne.
Accréditations: Hard Life Promotion
Texte: Anne-Françoise HUSTIN & Hugues Timmermans
Photos © 2026 Hugues Timmermans
