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Ghostwoman (and a man)

Fort de quatre albums en autant d’années, Ghostwoman était de passage à l’AB Box pour y présenter sa dernière livraison. Baptisée « Welcome To The Civilized World », il s’agit sans aucun doute de la collection la plus aboutie du duo à ce jour…

Choisi pour assurer la première partie, Calvin Love n’en était pas à son coup d’essai du côté du boulevard Anspach. Il avait en effet ouvert pour Nigh Beats un étage plus haut voici sept ans presque jour pour jour. Le Canadien est sur le point de publier un nouvel album, « Throw My Shadow To The Sun » dans un style crooner hors du temps assumé qui caractérisera surtout la seconde moitié du set. Celle où il laissera sa guitare de côté pour chanter sur des bandes aux sonorités par moments kitsch.

Une gueule d’ange à la Peter Cetera et une coiffure à la Patrick Swayze renforcent des influences eighties qu’une voix similaire à celle de Kenny Loggins n’écartera pas. La BO de Top Gun n’est pas loin même si de surprenantes incursions dans l’univers mariachi de Calexico brouillent quelque peu les pistes. On le préfère armé d’une guitare, lui empêchant ainsi de faire n’importe quoi de ses mains (n’est pas Brett Anderson qui veut en termes de micro-lasso…). Mais malgré son enthousiasme parfois débordant, le gaillard aura fait le boulot…

Lien de cause à effet ou non, c’est lorsque la batteuse Ille Van Dessel (bien que native de Malines) a rejoint le projet mis sur pied par le Canadien Evan Uschenko que ce dernier a modifié la casse de Ghostwoman. Auparavant, c’est-à-dire pour les deux premiers albums (l’éponyme de 2022 et « Annie, If » l’année suivante), il officiait sous le pseudo Ghost Woman. Une chose est sûre en tout cas, c’est depuis qu’ils se sont trouvés que la carrière artistique du groupe a décollé. « Welcome To The Civilized World », quatrième plaque publiée à la fin de l’été dernier, condense en effet la puissance et l’alchimie du duo.

Ils débuteront d’ailleurs la soirée par ses quatre premiers extraits interprétées dans l’ordre du disque, initiant une sorte d’insidieux crescendo retenu. Coincé entre une plage titulaire très Limiñanas au demeurant et un « That Jesus » bourré de distorsion, le lumineux « Alive » sortira grand gagnant d’une première salve balancée sans la moindre respiration. Avant un « 5 Gold Pieces » dont Jon Spencer et The Kills pourraient revendiquer la paternité.

À l’instar de ces derniers, la moitié féminine du duo illumine la scène. Positionnée du côté droit et perpendiculaire au public, Ille Van Dessel rayonne derrière son kit. Sa chevelure d’un blond pur rehaussée d’un chignon renvoie à Selah Sue mais sa position la rend moins soupe au lait. Quoi qu’il en soit, son jeu métronomique et précis complémente parfaitement la guitare d’Evan aux effet saturés. Des effets qui trafiquent parallèlement sa voix en permanence, au point de rendre son discours presqu’incompréhensible entre les morceaux. Cela dit, on a tout de même de la chance, le groupe ayant été contraint d’annuler ses concerts des deux jours précédents à Groningen et Utrecht pour cause d’extinction de voix du bonhomme.

Soit dit en passant, on veut bien l’adresse de son médecin car tout le monde n’y a vu que du feu, notamment sur un inquiétant « Buik » à l’intro cinématographique hantée et au break hypnotique en forme de jam. Juste avant, trois autres extraits de « Hindsight Is 50/50 », l’album du déclic publié en 2023, prolongera la magie. On pense notamment au prenant « Alright Alright » et à l’hypnotique « Ottessa » sur lequel les guitares crasseuses seront particulièrement mises en avant et la combinaison des voix impeccablement balancée.

Cela dit, le crescendo entamé plus tôt dans la soirée atteindra son paroxysme sur un « Levon » destructeur qui semble être davantage qu’un clin d’œil à Black Rebel Motorcycle Club. Malheureusement, la suite perdra quelque peu en intensité, juste après l’intervention du leader qui demandera notamment l’heure à un technicien. Moins passionnants, « Do You » et « Along Pt. 2 » (avec une guitare passablement récalcitrante) peineront à capter l’attention. Quant au solennel « All The Time » et au bluesy « Anhedonia », ils auraient sans doute mérité un rien plus de hargne.

Rassurez-vous, les spectateurs ne s’endormiront pas pour autant. « Song For Sunny », une des bombes du nouvel album, lancera un époustouflant sprint final, entre puissance et délicieuse noirceur qu’un lancinant « From Now On » et un speedé « Yoko » peaufineront. Un temps envisagé, le rappel n’arrivera finalement pas sans toutefois ternir une soirée qui n’aura péché que par son relatif ventre mou.

SET-LIST
WELCOME TO THE CIVILIZED WORLD
ALIVE
THAT JESUS
5 GOLD PIECES
ALRIGHT ALRIGHT
HINDSIGHT IS 50/50
OTTESSA
BUIK
LEVON
DO YOU
ALONG PT. 2
BEHIND YOUR EYES
ALL THE TIME
ANHEDONIA
SONG FOR SUNNY
FROM NOW ON
YOKO

Organisation : AB

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