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Geordie Greep, the new improvisatory sound

Initialement prévu au Witloof Bar, le concert de Geordie Greep a rapidement été upgradé à l’Orangerie pour cause d’engouement exceptionnel. Le charismatique leader de Black Midi et ses deux comparses y ont donné une généreuse et époustouflante prestation devant un public averti à la moyenne d’âge moins élevée qu’escompté.

Après trois albums aussi complexes qu’explosifs, les Londoniens ont mis la clé sous le paillasson pour une durée indéterminée. Geordie Greep en a profité pour enregistrer « The New Sound », un premier album solo par moments déroutant enregistré entre Sao Paulo et Londres, publié chez Rough Trade à l’automne 2024. Il était d’ailleurs venu le présenter en big band à la première édition des Nuits Weekender quelques semaines après sa sortie.

Aujourd’hui, c’est en formule trio qu’il part sur les routes européennes avant de s’aventurer aux States. Une tournée particulière basée avant tout sur l’improvisation, la dextérité et la complémentarité. Une arme à double tranchant qui risquait de dérouter les uns et d’émerveiller les autres. Un show quoi qu’il en soit unique réclamant malgré tout une large ouverture d’esprit. Prenez par exemple le titre d’intro entamé de façon minimaliste après la montée sur scène des musiciens au son de la version crooner de « For The Good Times » signée Ray Price. Une dizaine de minutes d’échauffement introspectif laissera ensuite la place à une progression jazzy, expérimentale et avant-gardiste.

Tapis dans l’ombre, les musiciens se concentreront dans un premier temps exclusivement sur leurs instruments. On distingue à peine le chapeau d’un élégant Geordie qui étale sa virtuosité à la guitare pendant que le bassiste Dave Strawn, passablement perturbé par des interférences persistantes, apporte un certain groove. Quant à l’impressionnant batteur King David-Ike Elechi (qui joue aussi dans un groupe de Newcastle dénommé Knats), il alterne avec précision balais et baguettes au gré de l’évolution des morceaux qu’il finit par diriger torse nu, un essuie-éponge autour du cou.

Ceux qui avaient fait le déplacement sur base de l’album en seront pour leurs frais car celui-ci sera à peine abordé. Le très bossa « Terra » et un « Walk Up » en mode cabaret pâtiront toutefois de la voix enrouée du chanteur pour le coup nettement plus à l’aise avec ses nombreuses guitares que derrière un micro. Muet entre les morceaux, celui-ci prendra juste la parole pour inviter sur scène un proche du groupe pour interpréter « Mona Lisa », un titre popularisé par Nat ‘King’ Cole au début des années 50 façon music-hall.

Entre-temps, des jams grandeur nature s’étendront parfois sur de longues minutes alliant technicité pointue, détours imprévisibles et cacophonie contrôlée. Le tout sur une rythmique tantôt mesurée tantôt tribale et des riffs lancinants ou léchés. Mention aux effets à couper le souffle sortant de la guitare de l’ami Geordie, comme si des cuivres y étaient greffés. Ce qui nous a amené à penser qu’un quatuor aurait donné quelque chose de tout à fait différent. Féru de jazz, il l’est aussi de musique progressive et brésilienne, ce qui donne par moments une surprenante fusion orchestrée par un artiste en communication visuelle et gestuelle permanente avec sa section rythmique.

Une véritable performance qui, au bout de deux heures, commencera à en décourager certains qui quitteront la salle avant le bouquet final. Si on peut les comprendre vu l’exigence de la démarche, ils louperont tout de même une version jazz-punk de « The New Sound » et un dernier délire alambiqué pendant lequel l’osmose entre les musiciens hypnotisera l’assemblée même si cela commençait à devenir un peu too much. Cela dit, on n’a pas pu s’empêcher d’avoir une pensée pour Matt Kwasniewski-Kelvin, le guitariste de Black Midi qui a choisi de mettre fin à ses jours le mois dernier. Il aurait sans doute apprécié la direction de son ex-leader…

Organisation : Botanique

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