Forever Pavot, Melchior superstar
Tel un roi mage rebelle, Melchior a troqué l’Épiphanie contre un slot à la Rotonde du Botanique avec Forever Pavot. Melchior, c’est le nom du personnage créé par Émile Sornin qui occupe désormais une place centrale dans l’univers du groupe. Non seulement le dernier album a été baptisé en son honneur mais il fait aussi et surtout partie intégrante de la scénographie.
Une soirée pas comme les autres, donc, qui a débuté à 19h30 tapantes (pour les distraits, il s’agit du nouvel horaire des premières parties au Botanique, du lundi au samedi) par le set de Bread For Pigeons. Les Liégeois, récente signature du label JauneOrange, ont entamé les débats tout en douceur, les trois musiciens débarquant sur scène les uns après les autres pour former un ensemble cohérent. Quelque part entre l’électro-jazzy de Echt! et les nappes vaporeuses de Air, les mélodies travaillées emmènent progressivement les spectateurs dans des contrées hypnotiques.
D’un point de vue visuel, des tubes LED disposés çà et là distillent leurs couleurs vives de manière aléatoire et accompagnent à merveilles les différents aspects des compositions instrumentales extensibles. Tour à tour planantes, groovantes et orageuses, celles-ci semblent narrer une odyssée dont la durée pourrait largement excéder les trente minutes de rigueur. En attendant la suite, plongez-vous dans « Breadfast », le premier EP du trio principautaire.
Émile Sornin n’est pas du genre à se tourner les pouces. Depuis son dernier passage à la Rotonde en support de « L’Idiophone » voici un peu moins de deux ans, il a publié la BO du film « Simple comme Sylvain » de Monia Chokri mais aussi « Forever XP », une collaboration aussi surprenante que pertinente avec le rappeur californien XP The Marxman. Jamais à court d’idées, il décide alors de fabriquer un robot humanoïde qui finira par lui inspirer son album suivant, « Melchior Vol. 1 », publié à l’automne dernier chez Born Bad Records.
Sorte de croisement entre un automate ventriloque et un mannequin chevelu, le personnage en question se trouve sur scène, face au public et installé entre la batterie et un mur d’amplis. Vêtu du survêtement rouge qui orne la pochette du disque, il participera activement aux chœurs onomatopéiques de « Waiting For The Sign », l’irrésistible titre d’intro de la soirée, tout en clignant des yeux et en tirant la langue. Véritable héros de la soirée, il recevra une ovation après s’être présenté d’une voix métallique ponctuée de bips robotiques. « Waow, quelle ambiance ce soir ! », poursuivra-t-il, nullement impressionné par son deuxième concert à peine.
Loin d’être considéré comme un accessoire, Melchior occupe même une place de choix et entretient la conversation avec son mentor moustachu. Ce dernier, posté du côté droit de la scène derrière une tripotée de claviers orchestre le tout, bien aidé par le bassiste Antoine Rault et le batteur Danny Kendrick. Cette petite bande prend plaisir à jouer et son enthousiasme se répercute sur un public particulièrement réactif. Pourtant, cinq minutes avant le concert, des soucis techniques empêchaient encore le bon fonctionnement d’une installation que l’on imagine complexe. Melchior n’a en effet pas été conçu et ne se gère pas via l’IA, ce qui ajoute une dose d’authenticité à un groupe qui n’en manquait déjà pas.
En effet, les compositions de Forever Pavot puisent leur source dans la pop insouciante des sixties (« Count To 10 »), sont nourries à l’électro naissante des seventies (« Dans la voiture », très Kraftwerk au demeurant) et aux mélodies catchy des eighties (« Patch 1985 »). Et ce n’est pas cette cover aérienne de « Reality », le hit de Richard Sanderson pour la BO de « La Boum » qui contredira cet aspect. Une version qu’aurait franchement pu s’approprier les Flaming Lips dans leur trip « Yoshimi Battles The Pink Robots ». Un peu plus tard, l’ombre de Cerrone planera sur « Shoppers On The Run » et le foutraque « Cosmic Battle » donnera un coup de botte dans la fourmilière à coup de percussions hypnotiques.
On le sait, l’ami Émile s’est spécialisé dans l’illustration sonore et sa vision cinématographique n’est jamais bien loin, comme sur le mélancolique « Jonathan et Rosalie » ou le déjanté instrumental « The Most Expensive Chocolate Eggs » qui aurait pu accompagner un documentaire de science-fiction. L’aspect visuel n’étant par ailleurs pas négligé pour un sou, chaque titre a droit à son habillage sur le grand écran à l’arrière de la scène.
Pointons encore l’une ou l’autre curiosité, comme ce « Skyway » sur fond de clavier presque désaccordé en hommage à Pierre Arvay, maître français de la musique de librairie du XXème siècle. Ou « La belle affaire », autre instrumental frappadingue débutant comme un banal morceau d’une compilation de synthés ringarde en vogue dans les années 80 pour ensuite virer en mode punk speedé. Le set principal se terminera quant à lui par un « Cancre » aussi rugueux que sombre et psyché.
Entamé par un câlin à Melchior, les rappels verront d’abord le groupe se lancer dans une version urgente et survoltée de « Les informations » en utilisant plus généreusement encore le vocoder à disposition. Avant une version futuriste et lancinante du générique des « Aventures de Tintin », la fameuse fusée d’Hergé virevoltant sur l’écran. Ou comment prendre congé du public belge en le caressant dans le sens du poil. Cela dit, vivement le volume 2 de celles de Melchior.
SET-LIST
INTRO
WAITING FOR THE SIGN
PATCH 1985
SKYWAY
DANS LA VOITURE
COUNT TO 10
JONATHAN ET ROSALIE
GODBOT
REALITY
SHOPPERS ON THE RUN
COSMIC BATTLE
UFO
LA BELLE AFFAIRE
THE MOST EXPENSIVE CHOCOLATE EGGS
CANCRE
LES INFORMATIONS
LES AVENTURES DE TINTIN
Organisation : Botanique
