Nuits du Bota 2013 : COLD WAR KIDS en territoire conquis
Ça y est, les Nuits du Botanique sont sur les rails et ont déjà acquis leur vitesse de croisière. Il faut dire qu’il s’agit d’une affaire qui roule, d’autant que cette vingtième édition s’inscrit sous le signe de la continuité. Parmi les concerts proposés ce samedi 4 mai, c’est vers le Chapiteau que notre choix s’est porté, avec notamment Cold War Kids et British Sea Power. Ceci dit, chaque nouvelle année amène son lot d’améliorations et parmi celles-ci saluons l’organisation d’un apéro dès 18h, à l’endroit où se trouvait le chapiteau lors des éditions précédentes. Celui-ci a été déplacé un peu plus loin dans le parc, pile poil où se trouve d’habitude une fontaine. Une toute nouvelle tente, plus large et moins profonde que précédemment, mais avec une qualité de son améliorée.
Vu que quatre groupes sont à l’affiche ce soir, le timing se doit d’être strict et il sera admirablement respecté. C’est à Milo Greene qu’avait été laissé le soin de lancer les festivités et le premier coup de batterie aura lieu à 19h30 devant une poignée de spectateurs. Le quintette américain (from LA) composé de quatre types et d’une nana va passer son set à bousculer les règles établies. Ainsi, à l’exception du batteur, ils vont continuellement s’échanger autant leurs instruments que les places sur scène et les micros.
La basse, tout particulièrement, passera d’une main à l’autre alors que, du côté des vocalistes, notre préférence ira à celui qui arbore une longue crinière dont la voix cassée (qui rappelle Stef Kamil Carlens de Zita Swoon) est de loin la plus riche. Mais lorsque la claviériste passe du statut de choriste à celui de chanteuse, le charme opère aussi. Musicalement, les atmosphères légères, les arrangements prenants et les harmonies vocales assez seventies font penser à du Magic Numbers en moins flower power. Un premier album éponyme est sorti début d’année et « Take A Step » en est sans doute l’extrait le plus évident.
Vingt minutes pour changer le matériel et le groupe suivant, Plants & Animals, est déjà en train d’entamer son set. Ces Canadiens emmenés par un chanteur moustachu bedonnant ont un peu plus de bouteille (et visiblement pas que sur scène…) puisqu’ils en sont à leur troisième opus depuis 2008, alors que leur formation date de 2003. Ils pratiquent une sorte de pop rock americana qui, au fur et à mesure du set, va évoluer vers des influences lorgnant furieusement vers le classic rock.
On va ainsi penser aux Eagles, à Free ou à Tom Petty au travers de morceaux assez longs parsemés de généreux solos de guitare. Ceci dit, on ne va jamais remarquer une quelconque intention de la jouer daté et leur son reste paradoxalement assez actuel. Et le fait qu’ils ont fait l’effort d’essayer de parler en français leur a conféré une dose de sympathie supplémentaire.
Le troisième groupe à fouler la scène du chapiteau est un habitué du Botanique puisque British Sea Power a déjà joué par deux fois à la Rotonde dans les cinq dernières années. Les natifs de Brighton viennent de sortir « Machineries Of Joy », un nouvel album qui ne va sans doute pas changer leur statut dans nos contrées, mais qui contribue à entretenir un certain culte à leur égard outre-Manche (cette nouvelle plaque a tout de même atteint une respectable 19e position dans les charts anglais).
C’est d’ailleurs avec la plage titulaire de celle-ci qu’ils vont entamer leur prestation. Cet impeccable morceau à l’intro travaillée fera sans doute bientôt partie des classiques du groupe. La petite violoniste Abi Fry est toujours bien là et, même si elle tourne souvent le dos au public, son instrument participe activement au son du groupe. En revanche, le claviériste Phil Sumner ne se trouve pas sur scène. L’histoire ne dit pas si une corrélation existe entre son absence et l’annulation sans raison officielle de leur concert à Paris la veille.
Cela ne les empêche toutefois pas de se replonger dans leur passé avec un intense « Apologies To Insect Life » bourré de breaks et un « Remember Me » dans une version puissante. C’est bien joué, certes, mais sans vraiment d’entrain. On a l’impression qu’il y a quelque chose qui cloche alors que l’absence totale de sourire et d’interaction avec le public ne fait qu’amplifier le mal-être. Même lorsque Yan et Hamilton s’échangent le micro, on reste perplexe par rapport à leur envie de se trouver sur scène ce soir.
Résultat, les autres nouveaux titres, « A Light Above Descending », « Loving Animals » avec une voix aux relents de Bowie et le très sombre « When A Warm Wind Blows Through The Grass ») n’ont pas permis de nous faire une idée précise de leur potentiel. Quant aux classiques « Mongk II » et « Carrion », ils n’avaient clairement pas la même saveur que d’habitude. Un coup dans l’eau, à moins que le groupe ne soit au creux de la vague…
La tête d’affiche du jour, Cold War Kids, vient également de sortir un nouvel album, « Dear Miss Lonelyhearts ». Eux aussi sont passés à la Rotonde, mais en 2006 en première partie de Two Gallants et ont déjà connu les joies des Nuits du Bota l’année suivante, en support de leur toute première plaque. En tout cas, ce soir, la quasi-totalité des spectateurs se sont déplacés pour eux.
Ils vont entamer les débats avec sans doute les deux meilleurs extraits de ce nouvel album, « Loner Phase » qui voit une évolution dans l’utilisation de touches électroniques discrètes et « Miracle Mile », un titre plus conventionnel dans leur chef. La réaction du public est en tout cas unanime, malgré une balance qui, pour la première fois de la soirée, va laisser à désirer pendant un bon quart d’heure.
Le chanteur Nathan Willett s’assume désormais complètement comme leader et il alterne toujours avec autant de bonheur la guitare et le piano alors que sa voix modulable bonifie les compositions. On a même l’impression qu’il a atteint un statut de demi-dieu aux yeux du guitariste et du bassiste car ces derniers ne vont pas arrêter de le toucher tout au long du concert. Une petite tape sur l’épaule par ci, un hug par là, voilà deux personnages très tactiles. Une obsession qui ne va pas énerver le moins du monde le principal intéressé.
Au contraire, celui-ci est trop occupé à donner ce qu’il a dans les tripes et à se concentrer sur les nouveaux morceaux. Parmi ceux-ci, retenons l’excellent « Jailbirds », taillé pour la scène avec ses guitares en avant et « Tuxedos », un rien plus atypique (imaginez les Rolling Stones qui reprennent « No Woman No Cry »). Le public va sans surprise réagir particulièrement bruyamment sur les tubes que sont « Hang Me Up To Dry » et « Hospital Beds » mais, de notre côté, on craquera plutôt sur « Royal Blue » (le seul extrait du pourtant très réussi « Mine Is Yours ») et l’interprétation particulièrement langoureuse de « Welcome To The Occupation ».
Ils termineront leur set avec « Saint John » et le défi que se lance toujours le batteur, celui de frapper sur un tom en y ayant au préalable déposé un tambourin sans qu’il ne tombe. Effet visuel garanti. En une heure, les Californiens ont prouvé qu’ils méritent amplement de se retrouver tout en haut de l’affiche, même si le public va réclamer à corps et à cris un rappel qui ne viendra pas…
